Aujourd’hui, les objets connectés peuvent nous changer le quotidien. En effet, les données récoltées par ceux-ci seront utiles, non seulement pour les utilisateurs, mais aussi pour différents professionnels, afin de transmettre des recommandations adaptées et réaliser un suivi. Dans ce nouvel épisode, nous allons découvrir, grâce à Lidia et Baptiste, tout l’intérêt d’utiliser un bracelet connecté pour une personne atteinte du cancer du sein afin de réaliser une activité physique régulière, avec des objectifs définis et de façon autonome.

1- Pour commencer ce nouvel épisode, pouvez-vous nous décrire qui vous êtes et quel est votre background ?

Lidia :

  • Doctorante en activité physique au Laboratoire Interuniversitaire de Biologie de la Motricité de l’Université Claude Bernard de Lyon 1 et au Département Cancer et Environnement du centre Léon Bérard financée par la ligue contre le cancer pour étudier les effets de l’activité physique du point de vue physique, biologique, clinique et psychologique auprès de patientes atteintes de cancer du sein métastatique. (ABLE)
  • Enseignante en APA de formation et formation en statistiques par la suite.
  • Intérêt pour les objets connectés puisque nous avons équipé les patientes de l’étude durant 6 mois grâce à un don de la fondation Nokia et que j’ai mené une étude de validation sur un autre bracelet connecté.

Baptiste :

  • Je suis chercheur postdoctoral en activité physique adaptée également au Département Cancer et Environnement du Centre Léon-Bérard.
  • Je travaille actuellement sur l’étude DISCO qui est une étude clinique de grande en envergure qui utilise notamment les bracelets connectés pour promouvoir l’activité physique chez des patientes atteintes d’un cancer du sein localisé.
  • Aussi enseignant APA de formation et j’ai une thèse en Sciences de l’activité physique de l’Université de Montréal.

2- Comment est survenue l’idée de préconiser des bracelets connectés pour les personnes atteintes du cancer du sein ?

Lidia :

  • On sait que les patients ont une diminution de leur niveau d’activité physique dès le début des traitements
  • Seulement entre 16 et 88% atteignent les recommandations en activité physique (issue Wong et dépend des types de cancers).
  • Wong : 31 études ont montré que la marche est l’activité préférée des patients et 20 études ont montrées que les patients préféraient pratiquer chez eux mais que la pratique soit supervisée.
  • Robertson : étude de 60% très intéressés pour les technologies mobiles et 73% seraient d’accord pour essayer ces objets.
  • Santé connectée est à présent présente de partout dans notre quotidien et permet d’obtenir de grandes quantités de données.

Baptiste :

  • 1er programme en France en activité physique pendant les traitements, programme d’activité physique depuis 2010, financé par la ligue contre le cancer et Courir pour Elles.
  • Le centre Léon Bérard est un centre régional : beaucoup de patients viennent de loin et ne peuvent pas venir pratiquer au centre de l’activité physique.
  • Pour des questions pratiques on ne peut pas superviser toutes les pratiques : les objets connectés avec la mesure du nombre de pas est un bon compromis puisqu’ils permettent de compter de façon objective le nombre de pas. Ceux-ci sont donc utiles pour chaque patient pour suivre son activité physique au quotidien et se motiver à atteindre un objectif de nombre de pas et pour le professionnel, qui a aussi un visuel dessus et peut suivre les patients à distance. Ce qui plaît le plus dans l’étude DISCO.

3- Quelles sont les activités proposées par ce dispositif ?

Lidia :

Suivi du nombre de pas, de la fréquence cardiaque, capteur de différentes activités, GPS intégré, analyse du sommeil.

Baptiste :

Dans l’étude DISCO :

  • Également un bracelet connecté qui permet de suivre le nb de pas, la distance parcourue, la FC et la dépense calorique.
  • Application téléphonique qui permet de remonter et de consulter le nombre de pas et d’effectuer des séances de marche grâce à des consignes audio.
  • Site internet qui permet d’effectuer des séances de renforcement musculaire grâce à des vidéos.

4- Est-il possible d’avoir un programme sur mesure ?

Lidia :

Soit on propose un objectif à atteindre comme ABLE, soit la montre peut elle-même ajuster l’objectif en fonction du niveau d’activité physique.

Baptiste :

Séances structurées : elles seront définies et personnalisées en trois groupes de niveaux (débutant, intermédiaire ou élevé) selon les résultats des patientes à des tests de condition physique.). La fréquence, la durée et l’intensité des exercices évolueront selon les capacités des patientes qui seront réévaluées par des retours sur le niveau de fatigue, l’essoufflement, les douleurs musculaires et les nausées avant et après chaque séance programmée.

5- Quels sont selon-vous, les avantages de celui-ci ?

Lidia :

  • Monitoring à distance
  • Feedback en temps réel
  • Challenge
  • Rend le patient acteur de sa prise en charge
  • Permet de sensibiliser le patient à l’activité physique
  • Nouvelle relation entre le patient et le professionnel : les patients se sentent suivis et accompagnés

Baptiste :

  • Simplicité quel que soit l’âge
  • Accessibilité (prix), smartphone…

6- Les patientes trouvent-elles l’idée intéressante de porter un bracelet connecté ?

Lidia :

  • ABLE : 77.3% ont trouvé agréable de porter le bracelet
  • ABLE : 98% trouvent que c’est une bonne méthode pour mesurer son activité physique par jour et 93.2% seraient intéressées pour de nouveau utiliser un bracelet connecté dans le cadre de la recherche

Baptiste :

  • Enquête pré-DISCO auprès de 102 femmes atteintes de cancer du sein :
    – 75% étaient d’accord pour porter un bracelet connecté
    – 2/3 des patientes étaient d’accord que le bracelet pouvaient motiver à augmenter leur activité physique

7- Utilisent-elles majoritairement le bracelet connecté dans la vie quotidienne ? Si oui, à quelle fréquence en moyenne ?

Lidia :

  • ABLE : 80% ont porté le bracelet tous les jours pendant 6 mois.
  • Nouveaux bracelets qui sont très jolis et discrets et qui se portent tous les jours sans contraintes majeures. Presque tout le monde est équipé maintenant d’une montre connectée ou suit son nombre de pas sur son téléphone.
  • Étanche donc même sous la douche pas besoin de l’enlever, la nuit aussi pour celles qui gardaient la montre : analyse des temps de sommeil.

Baptiste :

Depuis le début de l’étude, les patientes de DISCO l’utilisent tout au long de la journée et tous les jours.

8- Suite à l’adoption des bracelets connectés, les patientes estiment-elles marcher plus et modifier leur activité physique ?

Lidia :

  • ABLE : 93.2% ont trouvé que le bracelet connecté était une bonne idée pour augmenter le niveau d’activité physique et le nombre de pas.
  • Maintien entre M1 et M6 du nombre de pas dans ABLE.

Baptiste :

Pas de résultats pour DISCO.

9- Peuvent-elles consulter leur progression depuis le bracelet connecté ?

Lidia :

  • Oui, grâce à un petit écran où s’affiche directement le nombre de pas ou un pourcentage de l’objectif atteint.
  • ABLE : 75% étaient influencées pendant la journée par leur nombre de pas et 86.4% consultaient régulièrement leur nombre de pas.

Baptiste :

Dans DISCO, également par l’intermédiaire de graphiques proposés dans l’application et sur le site internet, les patientes peuvent consulter leur nombre de pas réalisés chaque jour, chaque semaine, chaque mois et chaque année.

10- Quel est l’intérêt pour vous de conseiller son utilisation ?

Baptiste :

Une stratégie de promotion de l’activité physique dont les évidences scientifiques hors cancérologie sont importantes.

11- Quelle est votre durée d’analyse ?

Lidia :

  • En pratique, on pourrait obtenir des données sur un temps non limité avec des données collectées par minutes/jour.
  • Dans le cas d’ABLE, 6 mois.

Baptiste :

  • L’intervention dure 6 mois aussi et les patientes pourront garder le bracelet à la fin de l’intervention.

12- Les données récupérées sont-elles fiables ?

Lidia :

  • Toujours la limite de la validation des objets connectés.
  • Pour valider : Gold standard accéléromètre qui est cher, sans feedback pour les patients, pas pratique à porter.
  • Ici des données en vie réelle sans biais que le patient augmente temporairement son activité physique.

Baptiste :

Comparaison également avec l’accéléromètre.

13- Que manque-t-il au bracelet connecté dans votre secteur d’activité pour une meilleure exploitation ?

Lidia :

  • Optimisation d’un portail professionnel pour suivre chaque patient
  • Relier des données au dossier patient.

Baptiste :

  • Sécuriser les données : Les données sont stockées en France dans un hébergement agréé de données de santé fourni par la société Orange pour DISCO et par Nokia pour ABLE.

14- Quels sont vos perspectives de développement par l’utilisation du bracelet connecté ?

Lidia :

Projet dans les Seintinelles, une plateforme collaborative financée par la fondation ARC : Équiper 200 patientes grâce à un don de la fondation Nokia, atteintes d’un cancer du sein et traitées depuis moins d’un an par hormonothérapie et d’évaluer l’impact de l’activité physique à travers une montre connectée sur les effets secondaires et l’observance, sur le sommeil des patientes et à terme mettre en place un modèle prédictif d’une altération du niveau d’activité physique et de la qualité de vie qui pourrait être en lien avec l’observance des traitements et faire un système d’alerte.

Baptiste :

Un projet de recherche avec des personnes âgées traitées au CLB est en construction car de plus en plus utilisent des smartphones : 54% des 60-69 ans et 30 % des 70 ans et plus.

15- Avez-vous d’autres projets autour des objets connectés à mettre en application à l’avenir ?

Lidia :

ABLE II.

Baptiste :

EVAADE : Etude de faisabilité évaluant les vélos connectés comme moyen d’activité physique adapté chez les enfants et adolescents nécessitant une allogreffe de cellules souches hématopoïétiques (programme pendant la phase d’isolement en chambre protégée).

Voici les adresses mails de Lidia et Baptiste si vous désirez prendre contact avec eux pour plus d’informations :  

Partagez cet article !

A propos de l'auteur

Passionné par la domotique, j'ai pu intégrer l'équipe Domadoo suite à l'obtention de mon BTS domotique, ce qui me permet ainsi de partager avec vous, chaque jour, mes connaissances et toutes les nouveautés sur ce domaine.

Join the discussion at community.domadoo.com