La domotique pour personnes à mobilité réduite a pour but d’améliorer la vie de celles-ci en étant plus autonomes au quotidien.

1- Pour débuter ce nouvel épisode, peux-tu nous décrire qui tu es et quel est ton background ?

Découvrez SmartHome Europe !

Je suis actuellement « chargé de mission domotique » pour l’association départementale des PEP45 et j’ai une formation initiale d’ergothérapeute. Mon rôle est d’accompagner les établissements et services de l’association à utiliser les technologies domotiques aussi bien pour les personnes en situation de handicap que nous accueillons que pour les professionnels.

Je me suis intéressé à la domotique en tant qu’ergothérapeute à partir de 2014. J’ai progressivement pris conscience que l’apport des box domotiques, objets et capteurs connectés était considérable pour les secteurs sanitaire et médico-social.

2- Pour quelles raisons avez-vous intégré de la domotique pour les personnes à mobilité réduite ?

Dès ses débuts, la domotique a rapidement été perçue comme utile pour les personnes à mobilité réduite. Avec le développement des outils numériques, cela n’a fait que s’accentuer. Aujourd’hui, des personnes en situation de grande dépendance présentant des déficiences motrices, cognitives, intellectuelles peuvent avoir accès à la domotique. Ce sont les progrès technologiques qui ont permis cela. C’est pour cette raison qu’initialement nous l’avons utilisé.

Au-delà de permettre une participation active des personnes dans leur environnement, la domotique d’aujourd’hui facilite leur apaisement, améliore leur confort et leur sécurité.

Pour les professionnels, elle représente une source d’informations permettant de mieux connaitre les habitudes de vie des personnes et de mettre en place un plan de prévention individualisé.

3- Quels dispositifs avez-vous mis en place et pourquoi ?

Avec l’aide de la société MEYERDOM, nous avons mis en place un réseau de box domotiques de façon à ce que l’ensemble des zones de deux Maisons d’Accueil Spécialisées (MAS) soient couvertes. Cet investissement initial nous permet aujourd’hui de répondre aux besoins ou qu’ils se situent dans les établissements.

Les personnes que nous accompagnons, suivant leurs possibilités, peuvent agir et contrôler les volets, des portes motorisées, les télévisions, les lits médicalisés (monter, descendre la tête de lit ou la hauteur du lit), des cafetières ou robots mixeurs, les systèmes « d’appel malade »…

Les professionnels utilisent la domotique pour être prévenus lorsqu’un usager sort de sa chambre et risque de se mettre en danger ou bien s’il se lève et va dans la salle de bain. Cela leur permet d’aller à la rencontre des personnes accompagnées pour prévenir une chute ou anticiper un évènement indésirable par exemple.

4- Quelles sont les automatismes créés ?

Une personne en situation de polyhandicap, madame Z, que nous accompagnons arrive à se tourner sur le côté lorsqu’elle est allongée dans son lit. Une fois retournée, elle ne peut plus physiquement revenir sur le dos sans l’aide d’un tiers. Des douleurs peuvent apparaitre et parfois, un risque d’escarre. Madame Z ne parle pas mais lorsqu’elle a besoin de revenir sur le dos, elle vocalise, elle crie. Nous avons mis en place un « contacteur auditif » qui déclenche un scénario dans la box domotique. Lorsque madame Z vocalise la nuit, la domotique envoie un message sur le smartphone de l’équipe de nuit qui vient alors accompagner la personne. La domotique nous permet d’automatiser cet appel et de compenser les difficultés de madame Z à comprendre cette installation.

5- Pourquoi avoir adopté une technologie sans fil ?

Les technologies sans fils nous permettent de faire évoluer les installations au fur et à mesure des besoins. Lorsqu’une personne ne souhaite plus contrôler sa lampe de chevet, il suffit de retirer la prise connectée et de la mettre ailleurs, cela ne représentant aucun coût supplémentaire. Avec une formation en interne, nous sommes autonomes dans la gestion des matériels sans fil.

D’autre part, lorsqu’une personne quitte l’établissement, les périphériques sans fils mis en place pour elle peuvent facilement être redéployés dans une autre chambre. Ce n’est pas possible avec les technologies filaires et couvrir l’ensemble des pièces des établissements n’est pas possible financièrement.

6- Existe-t-il des contraintes techniques à prendre en compte ?

Les principales contraintes techniques sont à mettre en lien avec les besoins spécifiques des personnes. Il est impossible de les définir de façon exhaustive mais celle qui revient constamment est le besoin de robustesse des matériels utilisés. Au vu du nombre de professionnels qui utilisent les matériels et des gestes involontaires des personnes accompagnées, la solidité est déterminante.

7- Cette domotique est-elle exploitée à la fois dans des résidences privées et dans des établissements ?

Tout à fait. Bien que je travaille essentiellement avec des établissements, les technologies que nous utilisons sont également déployées à domicile. C’est même à mon avis à domicile que la domotique adaptée aux personnes en situations de handicap a le plus de sens.

8- Tout type de personne à mobilité réduite gère-t-elle sa domotique de la même façon ?

Chaque personne à son propre outil permettant d’accéder à la domotique. Cela est encore plus vrai dans le champ du handicap. Les moyens d’accès utilisés sont spécifiques aux besoins des personnes et répondent à leurs propres capacités.

Nous pouvons par exemple citer l’exemple d’une personne ne pouvant appuyer précisément sur l’écran d’un smartphone ou ne pouvant pas utiliser une souris d’un ordinateur. Elle va alors pouvoir contrôler ses appareils avec un contacteur (un bouton), un joystick de fauteuil roulant électrique, les mouvements de sa tête, le déplacement de ses yeux ou grâce à sa voix bien sûr.

9- Les personnes à mobilité réduite sont-elles satisfaites de la domotique ?

Les personnes que nous accompagnons qui sont en mesure de faire un retour d’expérience sur la domotique semblent satisfaites oui. Pour certaines d’entre elle, ces technologies leur permettent de faire quelque chose qu’elles n’ont jamais pu faire jusqu’à maintenant. Je pense par exemple à madame A qui n’est plus réveillée par les professionnels de nuit pour changer de position dans son lit. Désormais, c’est elle qui appelle les professionnels grâce à la domotique lorsqu’elle sent qu’elle doit changer de position. Avant, les professionnels de nuit étaient obligés de rentrer dans sa chambre pour le savoir, cela la réveillait.

10- Cela facilite-t-il le travail des professionnels ?

Oui et non.

Oui parce qu’ils ont à disposition un outil capable de les alerter en cas de « danger » probable par exemple. Ils peuvent donc intervenir en amont.

Mais globalement, j’aurai tendance à répondre non, cela ne facilite pas leur travail, cela le modifie. Il ne s’agit plus d’ouvrir la porte d’une personne qui peut désormais le faire elle-même mais cela peut demander un changement d’habitude de travail. Cela nécessite aussi que le cadre du travail, les conditions de travail, permettent aux professionnels de prendre le temps d’attendre. Un autre exemple, l’utilisation de capteurs à domicile. Ces technologies sont capables d’alerter sur une diminution de l’activité physique d’une personne par exemple. Les professionnels peuvent s’appuyer sur ces informations dans leur travail. L’accompagnement proposé sera donc adapté au fur et à mesure et selon les données enregistrées.

L’utilisation de la domotique doit donc à mon sens être accompagnée globalement. Il ne s’agit pas simplement de connecter des objets entre eux. Il s’agit bien d’accompagner l’évolution des pratiques professionnelles.

11- Penses-tu que la domotique s’adapte à tout type de handicap ?

Absolument. Les évolutions technologiques permettent aujourd’hui à une grande majorité de personnes en situations de handicaps de pouvoir actionner de la domotique. Les automatismes peuvent qu’en à eux répondre à certains besoins liés à tout type de handicap. Même une personne souffrant de troubles psychiques peut être aider par la domotique.

12- Cela représente-t-il selon toi un bon investissement ?

Oui mais attention car peut-être encore plus qu’ailleurs, l’interopérabilité des systèmes en place est nécessaire dans les secteurs sanitaire et médico-social.

L’état s’est d’ailleurs emparé de cette problématique avec la volonté « d’accélérer le virage numérique » dans ces secteurs. Les fabriquant devront prochainement garantir que leurs solutions sont interopérables pour être référencés par le ministère (politique du numérique en santé #MaSanté2022).

Je pense donc que les acteurs de la santé et du médico-social ont tout intérêt à investir dans de la domotique mais il faut être bien conseillé.

13- Comment vois-tu la domotique de demain pour ces personnes à mobilité réduite ?

Je pense (j’espère) que les interfaces utilisateurs seront simplifiées et accessibles à des non spécialistes techniques. L’interopérabilité entre les systèmes sera une obligation dans nos secteurs d’activité.

Des projets de vie, des décisions associatives s’appuieront sur l’apport de la domotique.

Pour moi, elle sera intégrée comme un outil de travail ordinaire par les professionnels et notamment ceux du maintien à domicile. Des réflexions éthiques accompagneront son déploiement et permettront l’appropriation de cet outil par les professionnels du sanitaire et médico-social.

Partagez cet article !

A propos de l'auteur

Titulaire d'un BTS domotique ainsi que d'une Licence professionnelle en web marketing et communication, mon objectif est de vous partager mon expérience au sujet du logement connecté et ainsi, vous accompagner au mieux dans vos recherches.

Commencer une discussion community.domadoo.com